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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 00:16
 
 LE PROPHÈTE
 
 
 
 
      Au printemps 1860, entre le 28 et 30 Mars - la date précise n’est pas connue avec exactitude - une voie d’eau se déclare en cale du cargo “ Le Prophète ” qui naviguait à proximité des côtes françaises de Méditerranée.
      Après avoir doublé les caps Camarat et Taillat, le bâtiment fait naufrage à la hauteur du Cap Lardier, en baie de Briande, à environ cinq cents mètres de la côte rocheuse.
      Ce grand navire en fer de 199 tonneaux, construit en 1853 à Cète (Sète) - long de près de 50 m - avait transporté en début de mois une cargaison de tuiles provençales à destination de l’Algérie. Lors de son voyage de retour, ses cales étaient remplies par un important chargement de blé en vrac.
       Venant des ports de Bône et de Philippeville, il avait fait escale quelques jours auparavant dans le petit port d’Agay et se dirigeait vers Toulon. 
       Alors que le navire se trouvait au large de la Baie de Bon Porté, on suppose que, suite à un mauvais état du presse-étoupe, une voie d’eau s’est  déclarée en soute. Le navire se trouvait alors au large de la baie de Bon-Porté. Rapidement le capitaine Cotton a pris la décision de rejoindre la plage la plus proche dans la baie de Cavalaire. Il espérait pouvoir s’y  échouer en douceur.
       Dans les cales inondées, le grain empêcha les pompes de fonctionner correctement. La chambre des machines se trouva très vite envahie puis submergée par les eaux. La perte du navire était  devenue inévitable.
       Très probablement l’épave du navire inconnu que les plongeurs ont longtemps dénommé “Le Câblier” où “Les Chaudières” est celle du “ Prophète ” dont la situation exacte ne fut pas indiquée sur le compte-rendu du naufrage.
       Les vestiges du bâtiment reposent  par moins 34 mètres de profondeur sur une surface plane et sableuse plus ou moins recouverte de posidonies. Ils sont suffisamment importants pour les retrouver sans difficultés au sondeur, en alignant les amers suivants:
       “Manœuvrer en vue d’amener le haut du phare de Camarat, peint en noir, à disparaître dans la partie gauche de la presqu’île du cap Taillat tandis que le petit rocher isolé à l’avant du Lardier est aligné en haut de colline du fond de baie, sur la Maison du Dattier.”

Pour compléter avec précision, en voici les coordonnées exactes :  44° 09’464” N  et  06° 37’ 704” E   (WGS 84).

       En général, la visibilité est vraiment excellente et d’un regard on découvre l’ensemble du site.
       Au fil du temps, l’épave s’est enfoncée dans le sable mou et gris clair au centre du champ de posidonies. Les superstructures en bois se sont aplaties dans la souille mais la partie centrale, le “groupe moteur” remonte à 29 mètres et s’impose à la vue. A noter que sa robustesse permet d’arrimer en toute sécurité  le mouillage des bateaux de plongée se rendant sur le site et ce, sans aucun risque de détérioration des vestiges...
 
 
 
Le monumental volant d'inertie
qui domine les chaudières du"Prophète"
       Cette partie “moteur” est la plus impressionnante de l’épave. Un monumental volant d’inertie de trois mètres de haut et pesant plusieurs tonnes, émerge de la ferraille, attirant les regards. L’état de son encroûtement en dit long sur son passé au royaume de Neptune. Il trône entre les ruines d’une imposante chaufferie à deux foyers dont les tubulures impressionnantes et les énormes réservoirs sont autant de repaires à mérous, congres, langoustes et galathées.
 
 
 
L'une des deux chaudières vue du dessus.
Le volant à l'arrière plan.
Le plongeur donne l'échelle des divers éléments .

 
 
     
De cette chaudière, l’arbre d’hélice long
d’une vingtaine de mètres se dirige vers l’arrière.
Il est soutenu par de nombreux paliers dont les socles,
par endroits, disparaissent dans le sable.
L'arbre de transmission.

 
       En bout d’arbre, encastrée dans le safran, il faut absolument voir l’hélice, étrange et primitive. Composée de deux larges pales d’acier opposées en forme de triangles tronqués, elle est dissimulée sous de nombreux éléments métalliques qui se sont affaissés, en particulier, semble-t-il, tout le mécanisme du gouvernail.
       Cette poupe, démantelée, abrite de magnifiques chapons peu farouches qui se laissent volontiers prendre en photo.
 
 

Un graisseur du vilebrequin
que l'on peut voir au pied des chaudières.

 
       Rien d’autre ne subsiste du quartier arrière et de sa cabine, si ce n’est quelques débris de planches ensablés sous lesquels on découvre encore de petites vitres en provenance des hublots carrés.
Des cornes de chèvres ont été également retrouvées, car,  à l’époque, chaque navire de commerce embarquait en cale une provision de “viande sur pied”  afin de pourvoir à la nourriture de l’équipage.
 
 

Peut-être la dernière corne de chèvre
trouvée en Août 2005
par la ravissante Nathalie DIMITRIOU
une monitrice de plongée de la Réunion.

 
 
       Dans l’ensemble, plus aucune trace des superstructures dont les lourdes tôles se sont aplaties, ont glissé et se sont étalées sur le sable, à l’extérieur de la carène. Quelques langoustes  arrivent se faufiler entre ces plaques mais se sont surtout les poulpes qui recherchent cet asile.
       A la proue, une belle ancre, plantée dans le sol près de l’endroit où repose l’étrave, érige une solide demi-patte dont la lourde oreille, dressée vers la surface, est à l’écoute de l’éternité. Appuyée sur le plat-bord de la carène, sa longue verge concrétionnée est en partie recouverte par un amas de chaînes déroulées à partir d’un énorme treuil. A proximité, une seconde ancre, à peine repérable, se signale par la cigale - ou organeau - qui traverse l’extrémité de son jas. 
       Un reste de pont, ajouré - cachette à langoustes - subsiste toujours dans cette partie du gaillard d’avant jusqu’à rejoindre le cabestan arraché de son socle et culbuté devant les chaudières. Sous un quadrillage de poutrelles, on décèle le repaire d’énormes congres aux regards inquiets. Pour les voir, il faut “avoir l’œil” : ils se faufilent rapidement hors d’atteinte du rayon lumineux des lampes.
       La visite de cette épave, l’une des plus anciennes des  navires à vapeur connus dans le Golfe du Lion - seul le “ Ville de Grasse ” 1848/1851 est antérieur - laisse un excellent souvenir au plongeur qui sait prendre le temps de voir et de comprendre ces vestiges détériorés bien souvent difficiles à identifier.
       Il faut absolument mentionner que de gros sars, de magnifiques dorades, d’énormes pagres et de respectables dentis semblent, à tour de rôle, se faire un véritable plaisir d’être fréquemment fidèles au rendez-vous... afin de surveiller notre bonne conduite, sans aucun doute !
 
 
 

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